


« La Trilogie de la vie » est très certainement, avec « Salo », sa (ou plutôt ses) création(s) la (les) plus revue(s), analysée(s) et discutée(s) aujourd’hui. Composé du « Decameron » (1971), des « Contes de Canterbury » (1972) ainsi que des « Mille et Une Nuits » (1974), ce tryptique unique aura laissé bon nombre d’impressions mitigées et contradictoires.
Avec mon absence de recul (j’ai effectivement découvert deux des trois volets cette semaine) et la non-présence d’arguments ordonnés dans ma petite tête, je souhaiterais, par l’intermédiaire de cet article, réagir à chaud et vous faire part de mes impressions tout à fait personnelles à propos de ces créations pas comme les autres, tentant de soulever des points me semblant essentiels chez un auteur controversé.

Essayons (au moins au début) de respecter un semblant de chronologie et de logique dans cette petite rédaction et commençons par le commencement, à savoir une rapide présentation d’un personnage complexe, dont il me semble indispensable de connaître les différentes étapes qui ont marqué sa vie pour pourvoir ensuite comprendre son œuvre, ici cinématographique (et j’avoue être encore assez mal renseigné à propos de son existence dans la mesure où comme je le disais plus haut je ne me suis pas vraiment laissé le temps de digérer tout cela).
En quelques mots, Pasolini fut dans son enfance marqué par d’indiscutables influences chrétiennes dont il se détachera très nettement par la suite mais qui permettent sans aucun doute de saisir l’importance que l’Eglise avait dans son esprit et les raisons pour lesquelles il s’est régulièrement attardé dessus.
La politique et les dilemmes de celle-ci lui offrirent également l’occasion de traiter à maintes reprises le sujet, clairement ou par l’intermédiaire d’innombrables métaphores (il fut dans un premier temps adhérent à des organisations fascistes pour les jeunes de sport et de littérature avant de prendre ses distances avec ce mouvement archaïque ; il s’engagera après la guerre et non sans avoir hésité au Parti Communiste (et ce malgré le fait que ce soient des miliciens de ce mouvement qui aient assassiné son frère à la fin du second conflit mondial) qui l’exclura ensuite pour des raisons morales. Critique, il le sera à l’égard du mouvement soixante-huitard « petit-bourgeois ». Sa pensée anti-consensuelle lui attirera les foudres de personnalités de droite comme de gauche).
De formation littéraire spécialité poésie, il laissera transparaître ses premières attaches dans ses réalisations (« la Trilogie de la vie » n’est somme toute qu’un recueil de contes traités de manière poétique). Enfin, homosexuel, il remettra souvent sur la table les discriminations et instrumentalisations de ses actes et déclarations dues à ses préférences amoureuses.
Ses dérapages (il fut notamment accusé de détournement de mineur et d’obscénités en public) engendrèrent de violentes campagnes contre sa personne, déformant les véritables affaires devenues prétextes à un lynchage public. Seul contre tous, Pasolini s’en prendra constamment au conformisme, ennemi de l’art et de la liberté de pensée ainsi qu’aux pensées conservatrices empêchant la société d’avancer.
Avoir conscience de ces quelques points, même synthétiquement, favorise à mon sens une lecture un peu plus claire des adaptations dont il est ici question. Habile, Pasolini n’aura jamais cessé de l’être. Bien trop intelligent pour adresser une critique assassine qui ne serait pas nuancée à l’ordre moral alors en vogue, il se met en tête de s’adonner (pour ces trois films) à une (re)lecture de contes célèbres que l’on pourra ensuite replacer dans notre époque actuelle afin de les réinterpréter. La « Trilogie de la vie » est donc une succession de récits appartenant au domaine de l’imaginaire mais qui méritent d’être regardés à différents degrés.

Restons-en tout d’abord à une perception que l’on pourra qualifier de « primaire » à l’égard de ces films, mais qui demeure cependant extrêmement importante car il s’agit du sentiment qui fera adhérer ou non le public au monde Pasolinien. L’accroche du spectateur est essentielle et il est suicidaire pour tout metteur en scène de la négliger, sous prétexte que là ne serait pas le propos de son œuvre. Le ressenti est très certainement la chose la plus importante dans le domaine de l’art, ce qu’a parfaitement compris Pasolini. Ainsi, il invite son public à le suivre, l’incite à se laisser emporter et rêver avant d’engager une réflexion sur les parallèles existant entre les systèmes féodaux Moyen-âgeux et le monde contemporain.
P.P.P. le cinéaste avait un grand talent en matière de narration, probablement hérité de ses écrits littéraires, essais et autres poésies. Conscient de l’importance de celle-ci dans tout type d’expression, il lui accordait une attention toute particulière, la plaçant même parfois devant (au tableau des priorités) le côté visuel de la réalisation. On sent dans ses films l’idée que le fond est plus important que la forme à proprement parler et qu’il utilise le cinéma non pas dans l’optique d’explorer de nouvelles techniques, plutôt comme une nouvelle vitrine qui pourrait renvoyer différemment (et mieux ?) sa pensée, autrement en tout cas que par l’intermédiaire du domaine purement littéraire. Ainsi, dans le but d’être clair dans son message et ses arguments, il lui fallait raconter finement mais justement ses histoires pour que l’on puisse prendre conscience du sens de nombreux petits détails qui auraient semblé insignifiants avec d’autres et auraient entraîné de multiples surinterprétations par la suite. Non, Pasolini voulait être clair mais en même temps ne pas succomber au pamphlet trop incendiaire afin de ne pas paraître haineux. Ses qualités narratives lui permettaient donc de jouer entre plusieurs degrés de lecture possibles de son œuvre, laquelle devait cependant conserver une logique implacable. Seulement, une bonne narration, c’est avant tout un sacré gage de satisfaction auprès du public car provoquant chez ce dernier le sentiment de quelque chose de soigné, d’appliqué certes mais surtout de fluide et cohérent. La richesse des points de vues adoptés, le recul pris sur des situations incroyables, la lucidité par rapport à ce qui est montré, de même que les liaisons réussies entre toutes ces saynètes permet en quelque sorte à Pasolini d’évoquer les sujets qu’il veut, sans jamais les contourner puisque dans ce cas le spectateur cède à une sorte d’envoûtement que je nommerais à la fois de strictement « pulsionnel » (dans la mesure où il adhère sans se poser de questions, tout simplement parce que ça tient la route. Une histoire bien racontée donne envie d’être suivie, et ce même si son intérêt est limité) comme « d’intellectuel » car souhaitant suivre la thèse de son auteur et s’attarder sur les points sensibles qui seront par la suite développés. Bref, Pasolini avait le trait fin, la plume acerbe et savait parfaitement comment s’y prendre pour exposer tranquillement mais sûrement sa vision des faits.
En regardant ses films, on a parfois l’impression comme je le disais que l’aspect purement technique (qui constitue tout de même une part importante de la création cinématographique puisque essence de son esthétique) se voit relégué au second plan. En fait, la mise en scène telle qu’on l’étudie de façon classique sert plus d’accompagnement qu’autre chose. C’est elle évidemment qui présente les lieux de l’action et forme finalement l’ambiance (et non le ton) du résultat final mais elle se cantonne à ce rôle qu’auraient les passages descriptifs d’un ouvrage littéraire, donnant le parfum du monde imaginé par l’auteur sans toutefois chercher à aller plus loin. Ces descriptions demeurent très vives dans « la Trilogie de la vie » car faites de plans caméra à l’épaule avec un montage devenant ici et là relativement rythmé. Pour autant, elles ne tentent jamais de se substituer au côté « véritable » de la chose, à savoir ce que Pasolini souhaite nous distiller dans le fond. Dans le même ordre d’idées, on pourra ainsi constater que la photographie est l’un des éléments principaux de cette présentation visuelle. « Le Decameron » est dans l’ensemble assez joyeux bien que nuancé car pouvant redevenir nettement plus dramatique à certains moments, ce que montreront les couleurs alternatives. « Les Contes de Canterbury » est quant à lui plus glauque, paillard et répugnant, estampillé d’une photo plus sale, moins attirante. Enfin, « Les Mille et Une Nuits » est la bouffée d’air frais de cette trilogie, le plus clair et facilement regardable du tryptique. Ce que Pasolini nous montre visuellement sert vous l’aurez compris son propos (psychologique voire philosophique), sans jamais chercher à reprendre le dessus à l’égard de ce dernier.
L’humour lui semblait également susceptible de pouvoir renforcer son message (il nous avertira au début des « Contes de Canterbury » qu’avec l’humour on peut tout dire) car rentrant dans la même logique de distanciation avec une création trop directe envers sa cible. Lui voulait être fin dans sa démarche, par opposition au grossier de certaines scènes. La vulgarité n’est qu’apparente, ses protagonistes prenant la parole comme des exemples de gens qu’il attaquera par la suite. Ils lui permettent de développer sa thèse en s’appuyant sur du concret et ne sont à aucun moment le noyau de l’œuvre, au sens de la pensée de cette dernière. En les rendant ridicules, en étant méchants avec eux, en les traitant en dérision, il allège sa critique et la dénude de prétention, se met le public dans la poche, rythme mieux encore ses films et s’offre de grands boulevards pour être plus cru encore par la suite.
La qualité de la narration, l’accompagnement visuel soigné et l’humour percutant constituent probablement les trois piliers de base du caractère premier de « la Trilogie de la vie », permettant au public d’adhérer et se laisser entraîner vers d’innombrables rêveries pour ensuite embrayer sur le fond, essentiel chez Pasolini.

Ce fond justement parlons-en : en fait, il faut bien avoir en tête les événements principaux qui ont fait la vie du cinéaste (que j’ai synthétiquement évoqué plus haut) pour qu’apparaissent clairement les éléments récurrents des trois volets de cette autopsie du sexe, de la vie et de la mort.
Tout d’abord, ce qui frappe lorsque l’on regarde ces longs-métrages, c’est cette volonté de combattre le conformisme, absolument néfaste à tout avancement quel qu’il soit. Pier Paolo P. n’a de cesse de remettre en question les fondements des codes moraux en vogue, s’interrogeant sur leur légitimité et leur utilité. Pourquoi poser des limites aussi rigoureuses en terme de mœurs ? Quel droit les grandes instances ont-elles de juger aussi sévèrement la vie privée des gens ? Qui sont-elles pour condamner certaines pratiques à leurs yeux « répugnantes », pour s’immiscer dans la conscience des uns et des autres, pour nous dicter notre destinée et nous priver de notre libre-arbitre ?
L’Eglise est la première pointée du doigt, pour deux raisons : tout d’abord, c’est elle qui possédait la quasi-intégralité du pouvoir politique voici quelques siècles (époque mise en scène par Pasolini) ; ensuite, elle exerçait toujours une influence importante (apparemment trop au goût du réalisateur) dans l’Italie d’après-guerre où vivait l’artiste persécuté. Ainsi P.P.P. s’en prend-il à son caractère archaïque (avec le non-respect de toute personne qui ne se plierait pas au dogme, particulièrement les homosexuels dont il faisait j’insiste partie), hypocrite (car ne se soumettant elle-même pas aux règles qu’elle a fixé, coupable de vices en tous genres et débauchée sexuellement), répressif (on a parfois l’impression d’assister à une véritable traque à l’égard des mauvais Chrétiens) ou encore fanatique (vénération malsaine pour ses hommes les plus haut placés)… Je pense que l’on pourrait encore longtemps s’attarder sur cette cible mais ma volonté n’est pas d’écrire un article complet dessus.

Outre l’Eglise et ses dérives sectaires, les notables pourris en prennent pour leur grade. Puant de par leurs idées conservatrices (je parle toujours en me mettant du point de vue du metteur en scène), ils seront à maintes reprises rabaissés comme des moins que rien, aveuglés par leur bêtise et leurs privilèges.
La condition de la femme est elle aussi évoquée, trop souvent considérée comme un simple objet sexuel, incapable de s’émanciper dans un système complètement misogyne et soumise aux fantasmes bestiaux du dit « sexe fort ». Pasolini se demande en quoi elles devraient rester de simples machines à enfants, bonnes à faire le ménage et à coucher à tout moment ?
L’éducation est alors reliée à ce problème, le cinéaste arguant le fait que seuls les intellectuels (et pas les riches) ont la capacité de saisir la véritable condition qui doit être attribuée aux uns et aux autres. Marxiste ? Peut-être si on relie tous les éléments dont il est question dans ses films, nettement moins si on prend ces derniers de façon indépendante car très distant par rapport aux idéologies politiques précises, considérant que la soumission à une façon de penser serait équivalent au fanatisme religieux qu’il s’est lui-même acharné à combattre. Anti-consensuel surtout, et contestataire en général.

Dans ces contes pour adultes, Pasolini œuvre pour la libération sexuelle et ose montrer crûment des dizaines de fornications. Après tout, pourquoi cela resterait-il tabou ? Volontairement choquant auprès des plus puritains, assez provocateur au cours de malicieuses, ingénieuses et superbes séquences érotiques, il ne sombre jamais dans le soft carte postale mais montre sans détours tout en gardant une grande cohérence par rapport au reste de son propos.
Plus le temps avancera, plus Pasolini sera menacé et plus il haïra l’ordre moral alors en place. C’est donc tout logiquement que les scènes explicites seront beaucoup plus nombreuses dans ce dernier volet qu’est « Les Mille et Une Nuits », par comparaison à un « Decameron » moins osé malgré un gros plan de pénis en érection (ce qui était absolument révolutionnaire en 1971 et qui l’est toujours aujourd’hui si l’on s’en tient à un domaine purement artistique, la remontée du puritanisme aidant)…
Pasolini nous présente le sexe de façon libérée, décontractée : cette ambiance l’amuse visiblement, tendant un net bras d’honneur à des censeurs qui ont très certainement dû s’arracher quelques cheveux !

Ce que l’on pourra également retenir, c’est le contraste entre l’Orient des « Mille et Une Nuits » et l’Occident des deux premiers films. Les premiers sont nettement plus avancés que les seconds et même si l’époque dont il est question est ici révolue, le metteur en scène laisse clairement suggérer que les plus libres dans la pensée ne sont pas toujours ce que l’on croit. L’Europe de l’Angleterre ou l’Italie du Moyen-âge qui se croyait être le centre du monde était en réalité complètement arriérée par rapport à d’autres régions du globe… Ce complexe de supériorité étant toujours en vogue actuellement, nulle doute que l’allusion se veut là encore dénonciatrice d’un certain Impérialisme moral et culturel pratiqué par certaines nations sur d’autres… Je ne crois pas aller trop loin en formulant d’ailleurs que ce contraste entre les différents films de la trilogie sont en réalité une critique assez fine et à la fois violente du colonialisme Européen, tout d’abord tel qu’il fût pratiqué jusqu’à la moitié du vingtième siècle mais également à travers son aspect nouveau moins assumé, lorgnant vers le contrôle de ces mêmes nations par l’utilisation du pouvoir économique, culturel et moral… Pasolini lui-même considérait son œuvre (et non sans une grande estime de lui-même) comme une machine de guerre à l’égard du capitalisme, de la société de consommation et de ses dérives.
Finalement, « la Trilogie de la vie » est en quelque sorte une compilation des obsessions Pasoliniennes, que l’on pourra mettre en liaison avec des événements propres à son existence. Dans ces trois films, P.P.P. utilisera la poésie et ses qualités littéraires en général pour narrer avec grand brio des contes connus de tous bien que retranscrits à sa sauce. Sa façon de raconter est comme je l’expliquais au début de cet article la première chose qui saute aux yeux lorsque l’on regarde le tryptique, sa principale qualité pour ce qui est d’accrocher le spectateur. Léger et rêveur, il utilise l’humour comme arme subversive et relègue la mise en scène purement visuelle à un côté accompagnateur et descriptif.

A un premier degré de lecture, ces trois films sont beaux, sublimes même par moments bien qu’inégaux et trop longs (je pense surtout aux « Contes de Canterbury », moins aux autres). A travers une interprétation plus poussée, on peut largement y déceler la plupart des fondements de la pensée de l’auteur. Le combat contre le conformisme et l’ordre moral sont de tous les instants, la critique de l’Eglise est explicite, la bataille pour les droits des femmes et des homosexuels omniprésente…
Critique à l’égard des sociétés Occidentales, Pasolini avait cette immense qualité de ne jamais tomber dans le militantisme idiot et ne se faisait à aucun moment défenseur de la cause socialiste. Lui s’en tenait à un regard d’artiste, un homme qui utilise des moyens d’expression modernes pour nous présenter sa vision d’un monde qu’il souhaiterait plus avancé. Restant à l’écart du dogme Marxiste, il parvenait malgré tout à glisser dans ses films ce qu’il jugeait pertinent dans cette manière de penser.

Place aujourd’hui à un autre petit débat que nous avons eu, toujours avec Keating, il y a maintenant quelques mois à propos d’un film assez peu connu et estimé qu’est "The Dreamers" de Bernardo Bertolucci. L’ayant trouvé particulièrement bon, j’ai ici tenté d’expliciter ce qui me plaisait tant dedans tandis que mon homologue en a de son côté décelé quelques limites… Comme d'habitude, notre première prise de parole à chacun n'est autre que la critique que nous avons rédigé sur allociné. Bonne lecture, faites-nous part de vos réactions !
Nico alias scorsesejunior54 : Voici un titre original qui résume très bien le film à lui tout seul : "The Dreamers". Cette production internationale régie par Bernardo Bertolucci et mettant en scène le trio Eva Green-Louis Garrel-Michael Pitt n'est effectivement rien d'autre qu'une ode à la rêverie... Sur fond de Mai 68, de Maoïsme et de guerre du Vietnam, le cinéaste compile références cinématographiques en tous genres, musique rock typiquement 60's et libération sexuelle le tout sous un aspect poétique absolument fascinant. Après une entame douteuse et assez racoleuse du point de vue de la mise en scène (montage hyper-nerveux, mouvements de caméras dans tous les sens, voix-off pas toujours utile, photo léchée jusqu'à l'excès), Bertolucci signe une oeuvre magnifique certes pas dépourvue de clichés mais ô combien puissante, incluant de nombreuses scènes très marquantes... Le réalisateur a choisi, après une rapide mise en contexte, de renfermer ce long-métrage autour des trois protagonistes principaux, lesquels vivent complètement dans leur monde et n'ont absolument pas conscience des réalités de la vie. Ils sont "Innocents", s'amusent à des jeux que l'on pourra qualifier d'immoraux voire de malsains mais par-dessus tout, ils prennent le temps de vivre et rêvent tout simplement. Et c'est ce que Bertolucci a parfaitement su exprimer, ralentissant le rythme du film pour mieux approfondir des caractères complexes et ambigüs. Certains lui reprocheront des facilités, essentiellement sur le fond (car c'est bien l'audace qui prime sur la forme) et d'avoir laissé dérouler un peu naïvement ce huis-clos sensuel. Peut-être, toujours est-il qu'une fois rentré dedans, il devient très difficile d'en sortir, ce cocktail explosif recelant une véritable émotion. Alors nous aussi nous rêvons d'un monde meilleur et arrivons au générique la tête dans les étoiles, touchés par cette très belle tentative pas si commune que cela. Bénéficiant d'une excellente distribution, "The Dreamers" est à découvrir absolument.
Keating : Bernardo Bertolucci fait partie de la génération de l'âge d'or du cinéma Italien. Ce réalisateur-là est surtout connu pour des productions internationales cultes (1900, le dernier tango, le dernier empereur). C'est d'ailleurs un climat fort cosmopolite qui flotte sur son dernier film en date, "Les Innocents (The Dreamers)". Un film européen mais surtout français, retraçant les événements de mai 68. Une période recrée de façon réaliste, montrée avec ses avantages (liberté, jeunesse au pouvoir), mais aussi nuancée avec plusieurs critiques (vénération de Mao, anarchisme irréfléchi). Le film n'est pourtant en rien historique. C'est surtout une histoire de personnages, et une histoire de cinéphiles. Car "les innocents", c'est un cri d'amour à l'histoire du cinéma et en particulier la Nouvelle Vague. C'est assez étonnant venant d'un réalisateur n'ayant plus rien à prouver, étant sur la fin de sa carrière, nous avons pourtant l'impression d'assister à un premier film de jeune cinéaste, qui ne sait pas encore dépasser ses influences et leur fait référence de façon omniprésente. Bertolucci s'amuse à faire des copié-collé de ses scènes cultes, un peu à la Tarantino. Cela manque souvent de touches personnelles. Mais pourtant, le point fort du film, c'est de créer une histoire digne de la Nouvelle Vague. Nous avons alors le triangle amoureux, présent sous une forme très originale avec un homme pris entre un frère et une soeur siamois. La liberté de tons et d'idées est présente, la différence c'est que le réalisateur ne fait aucun complexe sur les scènes érotiques et joue de provocation. La caméra de Bertolucci nous procure quelques plans superbes, dignes de tableaux, qui pourraient faire partie de films cultes de la Nouvelle Vague. Dommage que ce ne soit pas le cas tout le long du film. J'ai également apprécié la qualité du choix des fonds musicaux. En un mot, s’il est difficile de croire que ce film est signé Bertolucci et date de 2002, "The Dreamers" est un film à voir.

Nico alias scorsesejunior54 : Pour commencer mes explications, j’ai bien envie de m’en tenir tout d’abord à son titre qu’est "The Dreamers" : Bertolucci a fait un rêve où il se retrouverait en 1968 avec la Nouvelle Vague, Jimi Hendrix et Mao pour faire simple et il nous propose une compilation de ces éléments qui tous réunis forment ce rêve, ce retour en arrière en 68. Bien sûr, c'est tout à fait artificiel mais c'est exactement la caractéristique d'un rêve. The Dreamers donc pour un réalisateur qui rêve de jeunes de son époque eux-mêmes perdus dans leurs rêves... ça fait des répétitions mais j'ai dit que je voulais en rester au titre et donc à la démarche du cinéaste que j'ai complètement ressenti...
Et pour les scènes érotiques, ça ne me semble pas être de la provocation puisque ça colle au reste du film qui est une compilation comme je le disais de l'esprit 68. D'ailleurs, ce sont ces scènes que j'ai préféré car ce sont celles où Bertolucci pose véritablement sa caméra pour observer lentement les comportements de ses personnages...
Keating : Oui c'est sans doute un rêve, voire un fantasme pour Bertolucci de revenir à l'époque Nouvelle Vague et ça m'a bien plu.
Les scènes érotiques vont en effet bien avec l'esprit 68 c'est logique dans la démarche de provocation, et là je crois qu'on va même un peu plus loin que la Nouvelle Vague...
Si je me souviens bien, Bertolucci accordait un soin particulier à la réalisation de ces scènes, avec comme je le disais certains plans vraiment somptueux. Quand Michael Pitt effrayé par son gage, court en caleçon dans l'appartement, puis est rattrapé par Louis Garrel qui ouvre une porte où apparaît la fille nue avec un regard hypnotique, le tout en plan-séquence, c'est assez jubilatoire !
Néanmoins j'ai été assez gêné par l'abondance des références un peu trop copié-collé.
Nico alias scorsesejunior54 : Je me suis peut-être mal exprimé puisqu'il ne s'agit pas pour moi de provocation à aucun moment, juste un voyage dans le fantasme soixante-huitard.
La libération sexuelle peut-être rapprochée à ce mouvement mais je ne pense pas qu'elle en soit ni l'emblème ni à 100% le moteur du film. C'est un des éléments de ce rêve qui en mélange plein d'autres...
Le voyage spirituel est ici très paisible, pas tellement dérangeant. Cela est dû à l’aspect huis-clos qui renforce l'idée d'enfermement sur soi des personnages et qui permet au réalisateur de se concentrer très précisément sur ce que ressent chacun, sans jamais confronter qui que ce soit aux normes et valeurs de l'extérieur... Le monde se limite à ce que vivent les personnages dans l'appartement.
Beauté des scènes "érotiques" d'autant plus palpable que si les plans sont soignés, ils ne sont pas non plus issus d'une dynamique "léchée" avec photo et couleurs donnant un support "carte postale". C'est cru et direct et en même temps incroyablement calme...
Je ne vois pas les références comme du copié-collé ici puisqu'à l'inverse d'un Tarantino (comme on en parlait tout à l'heure, je me permets de faire le parallèle) qui mélange toute sa culture sans y inclure un véritable fond, Bertolucci ajoute à ses citations une certaine logique puisque celles-ci ne sont que des bribes d'imaginaire que le cinéaste considère comme totalement artificielles concrètement bien qu'indirectement influentes sur le comportement de ses personnages : il peut ainsi de cette façon légitimement élargir à sa notion de rêve et à sa réflexion sur le fantasme sa petite culture perso.

Keating : Je suis d'accord même si j'ai néanmoins senti l'ambiance dérangeante avec plus d'importance, entre autre comme tu dis a cause du huis-clos et de l'isolement des personnages.
Pas tout à fait d'accord pour les références et le parallèle à Tarantino.
Chez Bertolucci, les références font parties du scénario puisque les personnages les citent clairement et s'amusent à reproduire les mêmes scènes de leurs films cultes, et dans ces moments-là le réalisateur place une ou deux secondes du film original. Bertolucci n'ajoute aucune touche personnelle à cela, mais ce n'est pas dérangeant puisque original dans un scénario. Alors que Tarantino place les éléments dans sa propre histoire sans que les personnages ne disent "on s'amuse à faire comme dans ce film". Du coup, le spectateur juge parfois mal l'originalité de ses films, exemple moi et Kill Bill car ne connaît rien des Shaw Brothers ! Mais la différence bien sûr c'est que ces références constituent 80% du cinéma de Tarantino là où Bertolucci s'est construit un vrai univers avant de rendre hommage à ses maîtres sans prétention dans son dernier film.
Mais je ne vois pas en quoi cela peut "légitimement élargir la conception du rêve" pourrais-tu expliquer plus simplement ?
Nico alias scorsesejunior54 : Je ne suis pas sûr que la petite touche personnelle vienne forcément du fait qu'elle soit intégrée dans un melting-pot bordelique comme c'est le cas chez Tarantino. Je comprends ce que tu me dis mais si je reste dans ma logique à moi (et c'est ce que je fais, je suis assez têtu lol), j'ai plus l'impression que la différence entre Bertolucci et Q.T. du point de vue des références provient du fait que le premier les assume totalement alors que le second essaye de les cacher. C'est assez lâche de la part du cadet que de s'attribuer des idées en les noyant dans un gigantesque pot-pourri de citations...
Pour The Dreamers, excuse ma phrase (je me comprends en me relisant mais c'est vrai qu'elle est mal écrite) faussement lyrique !
Ce que je voulais dire, c'est qu'il s'agit d'un film sur le rêve, avec des personnages qui rêvent et un réalisateur qui est dans cette même logique. Le rêve est artificiel, comme le cinéma. Le cinéma et les références représentent ainsi une part des rêves, des fantasmes du spectateur devenu réalisateur. Bertolucci fabrique ses désirs entre autres à partir de bouts de films. Ces bouts de films font partie intégrante de son imaginaire, de ses rêves, ils l'ont partiellement constitué. Ainsi, traitant du rêve, il lui est légitime d'en revenir à la source et donc dire par exemple que "Scarface" ou "Bande à part" ont animé ses rêves. En cela, il a pour moi tout à fait le droit de les citer explicitement puisqu'il analyse le rêve en faisant à nouveau un rêve (celui d'être revenu en 68). J'espère que je suis plus clair (malgré les répétitions très lourdes, j'essaye de faire des phrases courtes) et c'est pour moi une des raisons pour lesquelles je pense qu'il s'agit d'un film de très bonne qualité (et même plus encore) : il est faussement artificiel, faussement clair, faussement bébête dans ses citations. Tout est étroitement lié sans que l'on ne sache toujours tout distinguer clairement...Keating : Merci d'avoir fait l'effort de ré-expliquer, je comprends maintenant ce que tu veux dire et je suis à peu près d'accord, même si je me rends compte que mes souvenirs de ce films ne sont pas très nombreux... La logique du réalisateur qui rêve de revenir à la Nouvelle Vague et analyse donc le rêve et fait un parallèle avec le cinéma, je ne l'aurais pas trouvé tout seul…

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Innocents - the Dreamers
Nationalité(s) : Italienne, Française, Britannique, Américaine.
Année de production : 2002
Durée : 1 heure et 56 minutes
Réalisateur : Bernardo Bertolucci
Interprètes : Michael Pitt, Eva Green, Louis Garrel...

Sur le même principe de débat déjà utilisé précédemment, voici une discussion que moi et Keating avons eu à propos de "Rosemary's Baby" et du "Locataire", deux films-phares dans la carrière de Roman Polanski. Veuillez nous excuser si le niveau de langue n'est pas le même que lors de rédactions "solitaires", mais il s'agit d'une discussion où nous défendons chacun notre tour notre point de vue afin d'essayer, grâce à l'autre, de mieux comprendre ce qui nous a plu ou déplu dans ces films. C'est le ressenti qui parle... Vous trouverez en introductions nos critiques respectuves. N'hésitez pas à nous faire part de vos réactions, bonne lecture !
Keating : "Rosemary's baby" fait partie de la trilogie se déroulant en appartement dirigée par Roman Polanski. Avec le très bon "Le Locataire" et "Répulsion" que je n'ai pas vu, ce film constitue sans hésitation l'un des sommets de la carrière du cinéaste européen. Il est à voir premièrement pour le suspense. On peut alors le considérer comme un film où l'angoisse est omniprésente. Polanski atteint l'apogée de son style en matière d'épouvante. Ici, l'intrigue est bien introduite et le suspense monte de plus en plus pour atteindre un haut niveau de frisson. On ne sait plus à qui faire confiance, on ne sait pas ce qu'il faut croire, on est comme enfermé dans cet appartement dont on ne peut plus sortir. Cette angoisse est accentuée par l'emploi paradoxal comme musique de fond de la célèbre "Lettre à Elise" de Beethoven qui laisserait croire que tout va bien. Polanski filme avec brio une intrigue qui va jusqu'à la limite de la folie. Le suspense monte progressivement, donc, mais malheureusement se casse un peu sur la fin qui déçoit. Le scénario était jusque-là excellent et les personnages fascinants. Mia Farrow est exceptionnelle en mère victime et sans cesse inquiète, John Cassavettes excelle dans un rôle à contre-emploi et à double sens. Le scénario propose également une réflexion intéressante sur le couple, la confiance entre un mari et sa femme, et le fait qu'on ne connaît sans doute jamais vraiment ceux qui nous entourent. C'est aussi parce que ces thèmes-là nous angoissent inconsciemment que Polanski parvient à nous faire réellement flipper. "Rosemary's Baby" est un superbe film d'épouvante tant sur la forme que sur le fond. Dommage que le final déçoit un peu, mais cela n'empêche qu'il serait idiot de passer à côté de cette leçon de cinéma à suspense...
Nico alias scorsesejunior54 : "Rosemary's Baby", réalisé en 1968 fut déterminant dans la carrière de Roman Polanski, lui offrant un succès nécessaire pour mener à bien financièrement d'autres projets par la suite. Si aujourd'hui encore, il possède une cote de popularité importante auprès des cinéphiles, il n'en demeure pas moins extrêmement classique dans son déroulement. Commençons toutefois par le meilleur et admettons que le cinéaste a plus que bien mené son affaire, gérant avec une grande facilité les conventions du genre, faisant progresser à sa guise son intrigue, introduisant les séquences fortes aux moments voulus, le tout à travers une tension assez bien tenue et quelques délires visuels bienvenus. La mise en scène est construite autour de bonnes idées et n'a pas recours à un bombardements d'effets gratuits : Polanski suggère beaucoup, montre un peu mais toujours dans un souci de décalage presque désinvolte relativement intéressant. En témoigne notamment la musique ou les décors, tout sauf gothiques. L'interprétation est convaincante, toutefois je ne placerai pas Mia Farrow en première ligne : en effet, John Cassavetes, bien plus dans le ton lui vole à mes yeux clairement la vedette. Les 2h20 passent vite sans que l'on ne termine le film entièrement satisfait, tout simplement parce qu'il n'a pas grand-chose de surprenant : histoire classique de paranoïa avec comportement maternel ultra-protecteur et tout le tralala, liens du sang un peu bidons, frontière avec l'au-delà et éléments de sorcelleries prévisibles... Polanski a omis de creuser vraiment les caractères de ses personnages et faire prendre à son scénario une tournure un minimum originale. Comme vous l'aurez compris, "Rosemary's Baby" est donc plus que plaisant mais peine clairement à sortir du cadre du film de genre dans la mesure où il n'offre rien de plus qu'un honnête divertissement un brin retranché dans un univers fantastique peut-être trop marqué.

Keating : Par rapport à une fin un peu ratée j'aimerais qu'on parle de "Rosemary's Baby" qui m'a vraiment plu et fait peur. J'ai eu aussi l'impression que la fin était bâclée, trop facile. Cela n'empêche qu'au niveau de la mise en scène, elle est intéressante et marquante c'est sûr. Le film fonctionne bien niveau montée de la tension, c'est le meilleur Polanski je crois. Il dépasse le cadre du divertissement je trouve, contrairement à ce que tu dis dans ta critique.
Nico alias scorsesejunior54 : Ben t'as quand même droit à tous les clichés possibles autant sur le couple que les espèces de magies vaudous. C'est souvent limite bidon alors que dans "Le Locataire", le mec que Polanski voit rester un quart d'heure debout devant les toilettes sans bouger ça ne s'explique pas, c'est incohérent et pourtant crédible (pas d'intervention de superstition quelconque) et c'est ça qui est flippant ! Lui il a des visions et toi t'adhères à ça parce que tu ne sais pas ce qui se passe, t'es dans la tête du gars, tu t'identifies à lui et tu ressens les mêmes peurs que lui : un vrai truc de parano tarés où t'es partagé entre le fou rire et l'envie d'hurler. Hyper cynique en plus ce film...
Rosemary est un film fantastique plus classique dans la mesure où tu vois parfaitement où Polanski veut en venir, tu devines facilement ce qui va se passer mais comme t'y crois pas (parce que la magie ça n'existe pas, comportement rationnel du crétin de base que je suis lol) t'as pas envie de marcher plus que ça. C'est un bon film de genre, bien réalisé avec quelques séquences saisissantes mais trop long pour ce qu'il décrit au final. "Le Locataire", ce sont des événements simples, concrets, qui pourraient arriver à n'importe qui mais qui additionnés les uns aux autres te font péter un câble ! Pour moi c'est Le Locataire le meilleur Polanski. Devant Le Pianiste !
Keating : Pas tout à fait d'accord. Les clichés sur le couple, bof peut-être au début pour installer un climat de fausse quiétude. Mais après ça s'inverse et personnellement j'ai ressenti de l'angoisse parce qu'on ne peut faire confiance à aucun personnage, ni le mari, ni le docteur ni même le bébé ! C'est le même principe que Le Locataire mais à des niveaux différents. On entre dans l'esprit de personnages complètement paranos et on ne sait jamais si ce qu'on voit est vrai, par exemple cette superbe séquence où le diable vient enfanter Mia Farrow dans son rêve. Les superstitions avec la magie ça peut paraître de la facilité comparé au Locataire je suis d'accord. Mais c'est aussi intéressant de voir le fantastique entrer dans le quotidien. Et dans Rosemary on est tout le temps entre la douceur et la peur, il y a comme un décalage, atténué par le choix de "Lettre à Elise" comme musique. J'ai pas deviné ce qui allait se passer personnellement, une fois de plus tu te révèles plus rapide de compréhension que moi. Le final de Rosemary t'en as pensé quoi ? Parce que perso c'est un peu bête mais quand ils crient "gloire à Satan" ça me rappelle toujours un épisode de South Park ("Le Noël des Animaux") qui me fait beaucoup rire donc j'étais entre la peur et le rire pour cette scène. Plus sérieusement je trouve que c'est un choix de facilité un peu décevant de la part de Polanski, contrairement au final du Locataire qui était assez ouvert dans mes souvenirs.

Nico alias scorsesejunior54 : J’aime beaucoup la séquence du rêve que tu décris, c'est un des meilleurs moments du film. Après, ça reste le couple bien basique dans son appart' bien tranquille qui attend un enfant comme tout le monde et qui pète progressivement les plombs parce que l'histoire veut ça, mais la descente aux enfers se fait sans accros. En cela je l'ai trouvé facile, dans son schéma de départ (pas de caractères originaux) et dans son déroulement (Rosemary devient folle petit à petit et son mari a les nerfs qui lâchent en conséquence mais ça me semble plutôt prévisible).
Alors que dans Le Locataire il y avait des moments où je "pigeais que dalle" et je ne voyais pas où Polanski voulait en venir, et c'est ça qui m'a effrayé. Bon dieu, qu'est-ce-qui va se passer, c'est quoi cette histoire de fous ? Dans Rosemary, j'étais plutôt "bon, un zeste de magie noire vaudou, quelques scènes un peu tendues et puis la fin sera apocalyptique et on ira se coucher". Je caricature bien sûr mais le fait d'être un peu paumé comme dans le Locataire me paraît plus angoissant que le coup que j'ai senti venir dans Rosemary. Et ce que je disais sur Blair Witch et la peur au ciné en général (on a peur quand on sait justement exactement ce qui va se passer) ne s'applique pas ici car l'événement qui va arriver n'est pas clairement annoncé (donc je ne l'attends pas en flippant) mais s'avère suffisamment prévisible pour ne pas me surprendre. Dans le Locataire, la folle qui dépose de la m... devant chaque palier m'angoissait ! Elle sort de nulle part, elle est crédible mais je ne voyais pas ce qu'elle allait bien pouvoir faire.
Oui le fantastique dans le quotidien ça peut être intéressant mais là, je crois que Polanski n'a pas exploité tout ce qui était en sa mesure. C'est mon avis en tout cas...
Le final de Rosemary je me souviens que ça hurle un peu de partout, ils sont plein dans l'appart' mais je ne me souviens plus précisément. Ah c'est ça les références quand tu les vois parodiées d'abord, t'as envie de rire une fois que tu les découvres sérieusement !
Le Locataire, le final Polanski se balance deux fois de suite par la fenêtre et il a des visions avec tous les collocs qui l'applaudissent. Brrr... ^^
Keating : Pour moi aussi la séquence du rêve fait partie des meilleures du film. Alors pour le reste je pense que c'est volontaire qu'il n'y ait pas de caractères originaux pour que le spectateur se sentent plus proches de héros ; imagine une femme enceinte qui verrait le film ! En fait dans le film, il flotte je dirais une atmosphère de fausse tranquillité où à chaque seconde ça peut exploser. En tout cas l'apparence fait croire que tout va bien, la preuve avec "Lettre à Elise" en fond musical. Il y a pleins de détails anodins qui font stresser (le comportement des voisins). On ne sait pas si ce qu'on voit est réel ou si le couple est parano. Et Polanski laisse aussi plusieurs moments où c'est la suggestion qui prime, où c'est le spectateur qui imagine les choses (le pendentif de Rosemary, on ne sait pas ce qu'il contient, le berceau). Le film prévisible je sais pas moi je m'attendais plutôt à une belle fin où elle parviendrait à sauver son bébé des membres de la secte. Le Locataire est très différent dans sa construction, à mon avis assez improvisée. Alors oui ça fait flipper de voir des passages où on ne comprend rien, j'ai juste l'impression que au final ça n'avait ni queue ni tête mais à nouveau c'était il y a longtemps, ma mémoire flanche. Ce que je veux dire c'est qu'à mon avis ce sont deux films assez différents où la peur n'arrive pas de la même façon.
Le final du Locataire je me souviens juste qu'on le voit sur un lit d'hôpital avec des bandages partout, puis il dit quelque chose et la caméra "entre" dans sa bouche.

Nico alias scorsesejunior54 : Oui je comprends ce que tu veux dire par le mal qui surgit de la banalité, c'est effrayant... Mais ce qui me plaît dans "Le Locataire", c'est cette folie qu'il y a, comme un mec qui se ferait un "bad trip", c'est impossible d'en sortir et c'est délirant. Dans Rosemary, tu as plus conscience du mal, la panique est plus explicative, plus grossière aussi (et plus puissante de par son décalage ???) alors que dans "Le Locataire", elle rentre en toi et s'immisce naturellement dans tes neurones jusqu'au moment où elle est devenue normale : un sentiment de peur normal agrémenté d'incompréhension...
Ceci dit, j'ai aimé Rosemary que j'ai trouvé très efficace et reconnais sans polémiquer que Polanski a parfaitement géré son affaire. Je lui reproche juste un manque d'originalité d'autant plus criant lorsque je remets "Le Locataire" dans mes souvenirs...
Non, je m'attendais à une mauvaise fin, il ne pouvait pas y avoir de happy-end ou alors tout aurait été brisé.
Je ne pense pas que "Le Locataire" soit improvisé, il va juste plus loin dans ses idées, ne s'est pas fixé de limites : je pense que le scénar a été écrit consciencieusement à la différence près que les scènes un peu "saugrenues" n'ont pas été réduites ensuite au tournage. Il n'a pas ni queue ni tête, il est précis mais incroyablement délirant.
Keating : Je vois bien ce que tu veux dire par "le locataire", en effet l'ambiance de folie est plus que stressante. En effet Rosemary est plus "réel", donc d'un côté la panique est plus explicative oui, mais d'un autre on se sent plus proche de cette histoire, on pourrait s'y identifier. Je pense que je l'ai déjà dit mais imagine si une femme enceinte voit le film !
Je ne conteste pas que Le Locataire soit plus original, mais peut-on reprocher à Rosemary d'être moins original ? Cela n'aurait-il pas dénaturé le film ?
Mais sans doute "Le Locataire" est un film bien plus personnel pour Polanski, donc plus intéressant...
En tout cas j'aime beaucoup le style de Polanski pour sa trilogie d'appartement qui montre un grand talent pour faire peur à partir du quotidien (Rosemary) et créer la paranoïa chez les personnages et spectateurs (Le Locataire).
Il ne reste plus qu'à voir "Répulsion" !
Nico alias scorsesejunior54 : En fait, je pense que Rosemary et le Locataire ont surtout des prétentions différentes. Le premier tente d'utiliser et de transcender les codes du genre alors que le second propose une vision beaucoup plus personnelle et décalée de la peur de l'appartement. Cela ne veut pas dire que l'un est objectivement supérieur à l'autre (subjectivement, j'ai mon avis dessus comme je t'ai dit) mais c'est simplement que ce qu'ils recherchent est différent. Rosemary tente d'aller chercher très loin dans des sentiments de peur "primaires" alors que Le Locataire essaye plus de délirer que faire peur, dans un premier temps tout du moins. Me trompe-je ?
Keating : Je pense que tu as admirablement conclu sur Rosemary et Le Locataire, deux intentions différentes mais deux films angoissants et intéressants du même réalisateur. Il serait intéressant de voir "Répulsion" le dernier volet de la trilogie en appartement pour déterminer peut être une autre façon de faire peur !!

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Rosemary's Baby
Nationalité : Américaine
Année de production : 1968
Durée : 2 heures et 14 minutes
Réalisateur : Roman Polanski
Interprètes : Mia Farrow, John Cassavetes, Ruth Gordon...
Nationalité : Française
Année de production : 1976
Durée : 2 heures et 5 minutes
Réalisateur : Roman Polanski
Interprètes : Roman Polanski, Isabelle Adjani, Melvyn Douglas...

keating : C'est le deuxième film de François Truffaut que je découvre et il fut pour moi littéralement un coup de foudre. Coup de foudre pour cette histoire exceptionnelle remplie de personnages inoubliables, coup de foudre pour la mise en scène enchaînant les séquences mémorables, coup de foudre pour le trio qui porte le film. Pour son cinquième long-métrage, Truffaut adapte le roman éponyme d'Henry Pierre Roché. On retrouve dans cette histoire le classique triangle amoureux que savoure le réalisateur, qu'il pousse ici au maximum de ses possibilités artistiques. Est-il possible d'aimer deux personnes à la fois ? Où est la frontière entre l'amour et l'amitié ? Autant de questions traitées de façon passionnante dans le film. Truffaut a l'art de filmer ses personnages et leurs émotions avec virtuosité, allant chercher leurs sentiments sur leurs visages. « Jules et Jim » est un hymne à l'amour, à l'amitié, une réflexion sur le bonheur mais aussi le malheur amené par l'amour. Un des grands films sur le couple qui figurent dans le panthéon du septième art. « Jules et Jim » c'est aussi un message de paix, illustré par l'amitié entre un Français et un Allemand dans le contexte de la première guerre mondiale. François Truffaut impressionne par sa maîtrise de la grammaire cinématographique. Chaque plan ou presque contient son lot de beauté et de signification. Tous les éléments semblent maîtrisés à la perfection, de la lumière à la photographie. Le film alterne séquences émouvantes, drôles, poétiques (la caméra qui s'arrête sur les différents visages de Jeanne Moreau ou encore la célèbre chanson), métaphorique (la statue grecque pour l'aspect divin que recèle Catherine chez les deux héros). Le film est parsemé de dialogues savoureux, subjugués par un usage malicieux de la voix-off. Oskar Werner et Henri Serre sont émouvants et vrais en deux amis déchirés par la guerre et une femme. Jeanne Moreau est sublime et sublimée par la caméra de Truffaut. Le plus grand film français de tous les temps ?
scorsesejunior54 : En 1962, la Nouvelle Vague avait déjà connu bien des succès et permis l'émergence d'auteurs inégaux mais pour certains très talentueux. J'avoue encore mal connaître Truffaut et les quelques films que j'avais pu voir de lui ne m'avaient absolument pas convaincu. Avec « Jules et Jim », même si je reste relativement critique, la donne est différente, le film intéressant. Quitte à être banal, j'ai envie bien évidemment de souligner et applaudir avant toute chose l'audace dont fait preuve le cinéaste aussi bien dans la construction visuelle de sa mise en scène, que dans ses choix de narration ou bien encore la psychologie de ses personnages et un propos assez ambigu. Les plans variés confrontent classicisme (cinémascope ajouté à des citations explicites de maître Hitch) et nouveauté (coupes brutales dans un montage vif donnant parfois des formes originales dans leur géométrie, caméra virevoltante, mélange entre images d'archives et film). On pourrait détailler mais l'idée est là : Truffaut ne se soucie pas des grandes règles et il a bien raison. De plus, il ne permet pas de temps morts et dispose d'un propos suffisamment fouillé pour tenir sans trop de problèmes son public en haleine. D'autres points apparaissent nettement plus discutables : la voix-off trop littéraire est pompeuse, cédant à la facilité dans le développement de l'intrigue de même que les dialogues ne sont jamais naturels. L'interprétation est un brin forcée (Jeanne Moreau s'avère cependant au-dessus de ses deux amants) tout comme quelques scènes larmoyantes : Truffaut balance sa musique dès qu'il veut émouvoir dans un cadre très large où on voit gambader le trio. Le film n'est donc pas toujours varié, obéissant de ce point de vue à des sentiments tire-larmes. L'amour devient romanesque à un point qu'il perd toute crédibilité dans la mesure où on reste dans un cadre très précis, peu rêveur (ou lorsqu'il se veut ainsi, il sombre dans la banalité). Atypique et prenant mais aussi bien apesanti.

keating : J’ai lu ta critique et plusieurs choses m'intéressent : d'abord qu'est-ce-que tu entends par les « citations explicites de maître Hitch » ? Perso ça m'a totalement échappé, j'espère que tu as un souvenir assez précis du film !
Pour la voix-off, pas d'accord : elle participe au procédé Nouvelle Vague, le narrateur donne son avis. Très présente au début, elle s'efface ensuite avec le film qui avance. Ca ne m'a jamais gêné perso. Oui Jeanne Moreau est au-dessus des deux autres, qui sont bons sans transcender. Tire-larme je ne trouve pas du tout, c'est émouvant sans forcer, avec une caméra très inspirée pour filmer les visages. Je ne me rappelle pas de la musique sinon la célèbre chanson « le tourbillon de la vie » donc je ne pense pas qu'elle était utilisée à outrance !
scorsesejunior54 : Je ne me souviens à dire vrai plus exactement de tout et je n'arrive pas à rediriger mon esprit vers ces citations que j'avais apparemment trouvées explicites... Il faudrait que je le revoie mais ce qui est sûr, c'est que je ne me suis pas trompé de film en écrivant cela puisque mes critiques suivent souvent rapidement mes visions...
Bref là où je peux en revanche te répondre, c'est que la voix-off chez Truffaut me gêne (et pas que dans Jules et Jim) dans la mesure où elle est lue très rapidement et presque sans ton, comme un élève lirait un texte en classe, comme je te lirais un article de journal. Elle est tellement littéraire, regorge d'expressions relevant tellement du domaine écrit qu'elle semble très vite extérieure au film. De plus, on n'a pas toujours le temps de tout intégrer sur le coup. C'est comme si Truffaut était à côté et commentait son film, l'expliquait pour écourter sa durée, clarifier l'intrigue et s'assurer régulièrement que le spectateur est encore présent.
Je me souviens d'un thème musical qui revenait très souvent et sentiments exacerbés mêlant des réactions très typiques de ce que l'on peut attendre d'un film traitant le problème du ménage à 3. En montrant que tous les personnages sont amoureux des autres et en se plaçant clairement et de façon alternative sous le point de vue de chacun, Truffaut insiste à mon sens un peu trop sur des émotions attendues (ce n'est pas tu m'aimes moi non plus mais presque à des moments) et ne souligne pas assez des traits de caractères plus fins. Il en reste souvent à un premier degré de lecture ma foi pas désagréable quoiqu'un peu grossier. Comme un peintre qui exécuterait proprement un tableau mais aurait usé pour cela de gros traits sur ce qu'il souhaitait faire ressortir pour que le grand public comprenne son art.
Ceci dit, le film possède un charme que je ne renie pas et bénéficie d'une mise en scène souvent vive et prompte à jongler brillamment d'une scène à une autre.
keating : Ok pour Hitchcock, pas ok pour la voix-off ! Sur les trois Truffaut que j'ai vus, c'est le seul avec une voix-off mais j'aime beaucoup le fait que ça soit lu rapidement et que ce soit riche littérairement. C'est connu, Truffaut est passionné de livres et la moitié au moins de sa filmo est composée d'adaptation littéraires. « Jules et Jim » est adapté d'un livre lui aussi, et son auteur correspondait avec le réalisateur. Truffaut voulait donc rendre hommage au texte du roman en lisant plusieurs passages dans le film. Mais cela n'empêche pas de livrer de belles scènes de cinéma et donc forme un équilibre où les mots et les images vivent en harmonie. De plus, j'apprécie le contraste entre une histoire a priori triste et le ton joyeux et dynamique de la voix-off. Mais il est vrai que le cinéma doit en général plus tenir des images que des mots. C'est juste que je n'ai absolument pas ressenti cela devant « Jules et Jim », seulement le contraire !
Un peu grossier dans les sentiments ? Peut-être oui, mais bon à l'époque l'idée de faire un film du ménage à trois était nouvelle, donc peut expliquer ce manque de nuance. Je ne sais pas, je pense que cette sorte de grossièreté donne du charme au film, Truffaut ne voulait pas non plus agresser le public.
scorsesejunior54 : Alors la voix-off de Truffaut, je comprends ce que tu veux dire avec l'hommage obtenu grâce à la lecture de passages du bouquin mais ça ne me paraissait pas franchement approprié. Je vais prendre un exemple pour illustrer mes propos : hier soir, j'ai regardé « Amélie Poulain » que je découvrais et la voix-off est là aussi omniprésente et très rapide, occasionnellement énervante parce qu'elle débite tout un tas de conneries sans reprendre son souffle... Mais passons ces détails car pour moi, elle fonctionne la plupart du temps malgré la fréquence de mots à la minute très élevé. La différence avec « Jules et Jim », c'est qu' « Amélie Poulain » est un film qui va a 200 à l'heure et que le récit oral est complètement intégré à l'esprit du projet, plein de petits détails inutiles mais amusants. Bref, elle supplée le film, elle soutient les images, ce qui est très certainement de la facilité (car ce ne sont plus les images qui parlent, mais les commentaires qu'on leur attribue) mais fonctionne tout de même.
Avec « Jules et Jim », on assiste à un film poétique et relativement lent, de temps à autres un peu déconnecté de la réalité : les personnages sont dans leur monde et nous embarquent avec eux, on s'éloigne d'un univers où les limites sont clairement définies entre chacun et où les relations sociales sont structurées de façon brusque. D'ailleurs, Truffaut a très bien réussi cela, à nous emporter dans le « tourbillon » (t'as vu le jeu de mots, whaou !) de leurs émotions. Aussi ne saisis-je pas l'utilité d'une voix-off recadrant régulièrement les situations, comme je te l'ai expliqué demandant au public s'il suit encore ou non le film. Ce n'est pas un décalage audacieux qui briserait des conventions établies puisqu'il provoque exactement l'effet inverse : Truffaut est parvenu à isoler ses protagonistes, à nous faire ressentir leurs émotions en instaurant un climat atypique mais casse régulièrement tout ce beau travail par une voix-off énoncée trop rapidement, décrivant les situations trop précisément, sans laisser parler le visuel...
Ok pour ta dernière remarque, d'où peut-être le côté vieillot qu'il a parfois, contrairement à Godard puisque l'on parle Nouvelle Vague...

keating : La voix-off de Truffaut comparé à « Amélie Poulain » je vois bien ce que tu veux dire mais ce n'est pas vraiment ce que j'ai ressenti. Cela fait un petit temps que je n'ai vu le film de Jeunet que j'avais adoré à l'époque. Je me rappelle assez bien de cette voix-off et je pense pouvoir dire qu'aujourd'hui elle me dérangerait car beaucoup trop présente. J'ai revu récemment quelques passages de « Fight Club » et là aussi ça m'a semblé assez lourd, je ne pense pas que j'adhérerais autant que lorsque je l'ai vu il y a deux ans environ.
Mais oui, pour Amélie la voix-off est en rapport avec l'ambiance et ça peut fonctionner. Pour « Jules et Jim », le décalage est inévitable et volontaire.
Oui c'est un film poétique mais je ne l'ai pas ressenti comme spécialement lent. Les personnages veulent au contraire vivre librement et profiter de leurs jeunesses. Belle scène au début où ils font la course sur le pont.
Ils veulent fuir la condition triste et absurde de leur vie (les déceptions amoureuses, la guerre) en vivant dans leur univers sans se poser de question.
Le dynamisme des personnages, du moins au début, est une façon de fuir la triste réalité de l'existence. Et la voix-off semble les inviter à continuer à vivre ainsi, tout en étant le décalage par rapport à la base dramatique de l'histoire.
Je te donne raison sur un point : Truffaut a la manie de vouloir s'assurer que le spectateur suit correctement le film. J'ai surtout remarqué cela dans « La femme d'à côté » que j'ai vu récemment et qui est très bon par ailleurs. Mais ça m'a gêné de sentir que Truffaut n'avait pas confiance en nous et se répétait pour rien. D'ailleurs, Fanny Ardant a dit dans une interview que le réalisateur aimait bien parfois répéter plusieurs fois le nom d'un nouveau personnage pour s'assurer que le spectateur reste dedans. C'est assez irritant, mais je ne me rappelle pas avoir ressenti cela dans « Jules et Jim »...
scorsesejunior54 : Le fait que les personnages veuillent vivre librement en s'affranchissant des normes sociales qui visiblement les emprisonnaient ne signifie pas que le sujet doive être traité d'une façon virevoltante, ce que Truffaut a parfaitement compris. Il met l'accent sur leurs aspirations et s'attarde donc sur quelques instants bien précis caractéristiques de ce qu'ils ressentent.
Désolé si je pars en sucette dans ma réflexion et si cela n'a rien à voir mais je me risque (et tu me diras si je suis H.S.)… Personnellement, je pense être quelqu'un qui vit à 200 à l'heure tout le temps. En période scolaire, j'ai très peu de temps morts. Pourtant, si tu veux me comprendre et savoir qui je suis vraiment, tu ne pourras t'en rendre compte que lorsque je suis serein et si tu discutes avec moi à 23h lorsque avant de dormir j'écoute de la musique. C'est justement lorsque je suis à l'arrêt que je manifeste des émotions comme je pense la plupart des gens.
Si je me réfère aux persos du film et que j'applique ce raisonnement (parce qu'après tout, j'ai un point commun avec eux, c'est le fait d'être humain), je me rends compte que l'on ne peut justement les comprendre vraiment que lorsqu'ils sont calmes, reposés. Ca, je pense que c'est aussi ce que s'est dit Truffaut (enfin, de la façon dont je l'ai ressenti), à savoir que pour s'attacher à des personnages qui justement font tout très vite, il faudrait capter leurs instants d'intimité, ce qu'il a très bien fait. De là provient (ça n'engage que moi) un rythme relativement lent tout à fait logique avec cette logique de recherche de l'intimité pour des protagonistes qui, là je ne te contredis pas, ont des attitudes habituellement vives (ce que Truffaut contourne en allant les décrire là où ils sont les plus vulnérables). Tu me suis ?
Et la voix-off casse tout ça, autant de par son côté redondant qu'artificiel mais également dans un esprit de décalage (sûrement souhaité) qui n'apporte rien car va à l'opposé des objectifs voulus. Donc le décalage n'était à mon sens pas souhaitable ici et il s'agit plus de maladresse que d'audace. Tu as réussi à me suivre ou je suis trop tordu (comme d'habitude, j'écris en même temps que je réfléchis donc j'ai peur d'être confus) ?
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Jules et Jim
Nationalité : Française
Année de production : 1961
Durée : 1 heure et 45 minutes
Réalisateur : François Truffaut
Interprètes : Jeanne Moreau, Oskar Werner, Henri Serre...







